Ainsi La Fontaine enfreint-il, dans les Animaux malades de la peste, le tabou qui pèse sur cette maladie épidémique qu’on redoutait de nommer. Elle était toujours d’actualité au siècle de Louis XIV ; pendant plus de quatre cents ans, de sa déclaration en 1347-52 (cinq années durant lesquelles elle fut fatale à près de la moitié de la population européenne) jusqu’à l’expédition de Bonaparte en Égypte, en passant par Marseille et la Provence en 1720, la peste bubonique a été une menace permanente, revenant périodiquement pour frapper un port, une ville et y semer la désolation… Fléau sanitaire, menace aussi pour l’ordre social : les animaux du bon Jean vont y parer à leur façon.
Lire la suite « Puisqu’il faut l’appeler par son nom »Mois : mars 2020
Un vert hiver d’Irlande
Quand Joyce publia le recueil de nouvelles Gens de Dublin, en 1914, l’Irlande n’était pas indépendante. Elle venait d’accéder à l’autonomie, mais il lui faudrait attendre encore huit ans avant de larguer sans remords – sauf pour deux tiers de la province d’Ulster – les amarres de la tutelle britannique. James Joyce l’avait quittée depuis longtemps déjà, fuyant les maux qu’il dénonce : misère matérielle et stupeur culturelle sous l’emprise coloniale, alcoolisme et maltraitance, misère sexuelle et radicalité politique sous la poigne de fer de l’Église catholique locale. La fin de la nouvelle « Les morts » proposée ici, elle-même la dernière du recueil, est son hommage quand même d’exilé volontaire à sa paralytique patrie.
Lire la suite « Un vert hiver d’Irlande »‘Call me Ishmael’
L’un des incipit les plus célèbres de la littérature de langue anglaise est celui de Moby-Dick, de l’Américain Melville. Herman Melville a été marin, et a puisé pour écrire son chef-d’œuvre (reconnu comme tel bien après sa mort) dans ses souvenirs de chasse à la baleine. Moby Dick est un cachalot blanc qui hante les mers du globe et les cauchemars du capitaine Achab, lequel n’a de cesse de venger sa jambe perdue. Le narrateur, qui se donne le nom d’Ichmaël, fils aîné – et déshérité – d’Abraham, saisit le lecteur dès cette première phrase pour ne plus le lâcher, murmurant au creux de son oreille tout le savoir de l’océan…
Lire la suite « ‘Call me Ishmael’ »Ulysse : la reconquête d’une âme
C’est en entendant appeler crime contre l’humanité la prise et la destruction de Troie que j’ai enfin compris une vérité tautologique et aveuglante, tant Homère peut faire gore : la guerre de Troie chantée dans l’Iliade est une guerre. Une vraie guerre, une boucherie qui tue des gens, et marque à jamais les survivants. Et leur retour, le nostos en jargon helléniste, est celui, post-traumatique et douloureux, des anciens combattants…
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