Un vert hiver d’Irlande

Quand Joyce publia le recueil de nouvelles Gens de Dublin, en 1914, l’Irlande n’était pas indépendante. Elle venait d’accéder à l’autonomie, mais il lui faudrait attendre encore huit ans avant de larguer sans remords – sauf pour deux tiers de la province d’Ulster – les amarres de la tutelle britannique. James Joyce l’avait quittée depuis longtemps déjà, fuyant les maux qu’il dénonce : misère matérielle et stupeur culturelle sous l’emprise coloniale, alcoolisme et maltraitance, misère sexuelle et radicalité politique sous la poigne de fer de l’Église catholique locale. La fin de la nouvelle « Les morts » proposée ici, elle-même la dernière du recueil, est son hommage quand même d’exilé volontaire à sa paralytique patrie.

Lire la suite « Un vert hiver d’Irlande »

‘Call me Ishmael’

L’un des incipit les plus célèbres de la littérature de langue anglaise est celui de Moby-Dick, de l’Américain Melville. Herman Melville a été marin, et a puisé pour écrire son chef-d’œuvre (reconnu comme tel bien après sa mort) dans ses souvenirs de chasse à la baleine. Moby Dick est un cachalot blanc qui hante les mers du globe et les cauchemars du capitaine Achab, lequel n’a de cesse de venger sa jambe perdue. Le narrateur, qui se donne le nom d’Ichmaël, fils aîné – et déshérité – d’Abraham, saisit le lecteur dès cette première phrase pour ne plus le lâcher, murmurant au creux de son oreille tout le savoir de l’océan

Lire la suite « ‘Call me Ishmael’ »

Alcaïque Milton

Au commencement, cette page avait pour but de faire partager mon enthousiasme pour un petit trésor anglais de seize vers, une pièce de Lord Tennyson sur John Milton à la manière d’Alcée de Mytilène, un poète grec ancien. De fil en aiguille, et en passant par quelques mots en al ou en ique, elle a touché à la mer, à la mort, à l’exil, pour retrouver, surprise ! la tendance très humaine de faire le beau à partir d’un massacre. À tout saigneur, tout honneur : l’ombre d’Achille a précédé Alcée dans la carrière… et Tennyson l’a suivi dans ce qui n’est pas que le tombeau des rêves